Ces textes ont été écrits comme faisant parti d'un recueil de nouvelles appelée "Compte du Multivers", que j'ai écrits au lycée.
Ils sont ici en tant que représentation de ma motivation en ce qui concerne l'écriture et le worldbuilding.
LE ROYAUME DE FEU
Il est dit, dans nos légendes, qu'un grand mal pèse sur le royaume. Quelque chose d'inévitable, telle une épée de Damoclès. Cette menace, nous l'avons nommée: Kralis, le puits des enfers, le trou sans fond, le volcan couronné de flammes éternelles.
-An trois cent après la première remontée-
~Salle du trône
Un roi sur son siège, pense. Il touche avec douceur le pendentif qu'il avait hérité de son père. Ces dernières années, les récoltes agricoles se sont amoindries, le sol devient de moins en moins riche. Le climat s'assèche, provoquant un malaise général. Le roi pense à comment sauver son peuple.
Depuis le début de son règne, lorsqu'il a remplacé son tyran de père à sa mort lorsqu'il avait 11 ans, il a très vite été apprécié de son peuple, après une période de crise due aux erreurs de l'ancien roi. Surnommé à présent "Le Roi Altruiste" du fait de sa façon de penser.
Si les symptôme du désastre commençaient à paraître, cela ne voulait dire qu'une chose: Kralis entrera en éruption, déversant des flots de monstruosités sur Le Royaume. C'est alors qu'une perspective peu plaisante s'imposa d'elle même dans l'esprit du roi: il faudra faire La Guerre. Pour sauver leurs vies, pour restaurer leurs terres. Pour préserver l'histoire.
Ce problème en particulier était le premier qui lui triturait l'esprit. Le second étant son frère. Lui-même qui se présentait, debout, au bas des quatres marches qui menaient au trône, dans son armure grise finement ouvragée.
-"Mon frère.
-Mon roi. "
Ce dernier avait prononcé le mot "roi" avec un dédain à peine dissimulé. Son frère avait des vues sur le trône depuis qu'il considérait son roi comme "mou". Il voulait faire taire à jamais les petites tribus barbares qui s'étaient développées au sud du Royaume, proche du désert infini qui l'entourait. Ces tribus étaient constituées des descendants des hommes et des femmes que le Tyran avait exilé du royaume.
Ils demandaient le droit de fonder une ville indépendante du Royaume.
Cette idée ne plaisait pas à son frère.
-"Quelle demande venez vous faire?
-Comment se portent les affaires royales, majesté?"
Il avait son éternelle mine sévère sur le visage, témoin de son enfance, son père voulant faire de lui un chef de guerre.
Si il y avait un mérite à attribuer au Tyran, c'était qu'il avait repoussé deux remontées.
Il s'écoule un siècle entre chaque remontée. Depuis la première remontée, trois cent ans auparavant, se déroule un cycle. D'après ce qu'il sait, avant la première remontée, les créatures du Kralis vivaient sans connaître l'existence des hommes, une époque où les anges venaient de quitter leur vie parmi les hommes.
C'était dans l'optique de combattre ces créatures que le Tyran avait modelé le royaume dans sa folie.
-"Un traité est envisageable en faveur de l'indépendance des tribus du sud."
Le Roi savait que cela allait faire bouillonner son frère, qui attendait l'ordre pour effacer ces preuves vivantes de l'erreur de leur père.
Le Roi, lui, y voyait une opportunité commerciale, les tribus ayant appris malgré eux à exploiter les ressources de ces terres arrides, au sud. Ce savoir faire et ces ressources avaient du potentiel pour la suite des évènements. Mais surtout, il voyais ces gens comme des personnes à aider, au même titre que chaque habitant du royaume. Des victimes de leur père.
-"C'est de la folie! Ces barbares n'ont aucune morale! Ils vont voler nos commerçants et attaquer nos femmes!"
-"Ces "barbares" sont d'anciens habitants du royaume, ils sont des femmes et des hommes civilisés, capables de négocier sans violence."
Son frère recula d'un pas.
-"Évidemment, ils sont à notre merci, jamais une souris ne se montrera aggressive envers un lion." il se reprit avant d'ajouter avec fermeté "Sauf si le lion l'y autorise!"
-"J'en ai assez entendu."
Le Roi congédia son frère d'un mouvement de main.
Après avoir lancé un regard chargé de colère et de frustration au Roi, son frère tourna les talons et s'en alla, de sa démarche royale.
Une fois son frère parti, le Roi laissa s'échapper un soupir.
Sa sœur sortit d'une pièce située à droite de la salle du trône, seule autre porte que celle qui menait au reste du palais, au bout du long tapis qui partait du trône.
-"Ne lui en veut pas trop, Alphaid, il a du bon en lui.
-Je sais, ma sœur, il est juste... Il veut tuer des gens pour effacer les erreurs du Tyran...
-Ce mal ne provient pas de lui, il a beaucoup été influencé par père...
-C'est justement ce qui me préoccupe."
Elle l'observa et il baissa la tête.
-"Tu veux dire que...
-Oui, il a des vues sur le trône."
Sa sœur resta pensive un moment, avant de triturer lentement mais nerveusement ses mains.
-"Il ne te fera jamais de mal." dit-elle vivement, comme pour se rassurer elle-même.
-"Je l'espère aussi, ma sœur."
Mais il pensais déjà à autre chose.
Cela faisait déjà un moment que Baraid ne supportait plus la présence de son frère sur le trône. S'il était d'accord avec lui sur le fait qu'il fallait faire choir leur père, il n'en était rien sur leurs idées politiques. Depuis qu'ils avaient planté cette épée entre les côtes de leur père, ils s'étaient entendus sur la succession de celui-ci. Il a été décidé avec la voix de Dayanaid que Alphaid monterait sur le trône. Cette décision lui allait au début. Il fallait dire qu'avec le charisme calme de son frère et sa droiture, il faisait un bon roi. Du moins, au début. Il prenait des décisions qui coûtaient plus qu'elles ne rapportaient, des décisions qui menaient à la complexité.
Baraid aimait la simplicité. Son père était le méchant. Le Royaume était tout. Quand quelqu'un veut du mal au Royaume, il fallait le tuer. Son frère voulait le bien du Royaume, en cela, il n'avait aucun reproche à faire. Cependant il voyait de plus en plus le trône seoir mieux à lui qu'à son frère.
En quittant la salle du trône, il croisa la file de citoyens du Royaume qui venaient prendre audience auprès du Roi. Il parcourut celle-ci d'un regard apaisant, en gardant cependant son air bourru et sa posture droite. Voilà ce qu'il protégeait: la vie de ces gens, les habitants du Royaume. C'était le devoir des forts, des sang-royaux.
Tous le saluèrent avec respect. Il hocha la tête et poursuivi son chemin.
Les Sages, aussi appellés les Cendrés, élisent, chaque fois qu'un roi meurt, son successeur. Du moins, depuis que le Roi Altruiste est revenu sur le trône.
Ils sont cinq. Un pour chaque doigt de la main, tout ce qu'il faut pour diriger un pays: la droiture, l'adaptation, la sagesse, le charisme et la force.
Ils ont cependant le pouvoir de provoquer un vote quand bon leur semble, pour choisir un nouveau roi si le précédent ne convient plus.
Baraid parlait avec eux, depuis une semaine. Il s'était déjà mit dans la poche la force et le charisme, et la majorité lui permettrait d'être élu à la place de son frère. Il visait la droiture. Trois Cendrés et il aurait atteint son but.
Il sortit de l'immense bâtiment circulaire qu'était la demeure des Sages. Moins grande que le palais, cette bâtisse était non moins imposante. Encore un Cendré à convaincre et le Royaume sera parfait.
Alphaid peinait à gérer les problèmes de récoltes, depuis la fin des audiences, qui étaient pour la plupart des plaintes par rapport au désastre dont seul lui connaissais l'existence. Les bêtes refusent de tirer les engins, elles deviennent folles, les terres s'assèchent, le vent se calme, les enfants tombent malades...
Tous ces signes sont avant gardistes de la remontée. Alphaid le savait. Il était le Roi. Le seul à le savoir.
Il s'était préparé. Il savait ce qui l'attendait.
L'armée était toujours prête, même depuis la chute du Tyran. Une chose pour laquelle ces années sombres ont servies.
Il farfouillait dans les documents empilés sur sa table, dans la pièce jouxtant la salle du trône. Il signait, après les avoir rédigés, les ordres de transfert de biens, pour que tous subsistent. Il s'occupait en parallèle de la purge des décrets du Tyran, à savoir ici le décret qui stipule que chaque famille doit avoir un nombre d'armes équivalent au nombre d'enfants et d'adultes. Le Roi avait en premier lieu modifié le décret pour que chaque arme attribuée aux enfants soient interdites. Il confisquait, maison par maison, chaque arme en la remboursant.
Ce procédé était aussi long que coûteux, d'autant plus que chaque arme de plus était un produit à stocker, inutile.
Cependant Alphaid n'était pas stupide. Il était le Roi.
Il avait entamé secrètement un commerce d'arme avec les tribus du sud. Il les équipait en échangeant ces armes contre des ressources et du savoir faire acquis par ces tribus seules.
Mais ce commerce n'avait pas pour seul but ces ressources. Alphaid voulait, lorsque la remontée aura lieu, que les guerriers des tribus du sud prêtent main forte au Royaume. Ainsi, main dans la main, gens du royaume et gens des tribus lutteront pour la survie de tous. Avec un tel événement, les deux peuples changeront d'opinion sur l'autre.
Cependant, à chaque fois qu'Alphaid pensait à la remontée approchant à grand pas, il pensait à son plan insensé.
Cela faisait quelques temps qu'Anna était mariée à Marcus, un fier et beau guerrier. Depuis que la nouvelle que les négociations avec le Royaume s'étaient bien passées était tombée, la vie était heureuse. Elle travaillait en tant que conseillère des chefs de tribus. Elle n'était, à son grand désarroi, pas allé accompagner ceux ci lors des négociations. Mais elle respirait la vie à plein poumons. Elle avait un gentil mari. Une belle maison. Un avenir prometteur.
De suite après les négociations, une petite route commerciale s'était ouverte vers le royaume, où on échange des minerais de métaux, des pierres, du gibier et des fruits de sable contre des armes. Le Royaume vendait des armes et des informations aux tribus. Elle s'en réjouissait autant qu'elle s'en effrayait. Alphaid était le nom du Roi. "Le Roi Altruiste" était le surnom que les habitants du Royaume lui avait affublé. C'était une bonne chose, Anna appréciait la position d'Alphaid en tant que Roi.
La vie était un vrai supplice, ici, au sud, au début. Puis on s'est adapté, les tribus sont nées. Le Tyran est mort. La paix est venue.
Malgré cela les tribus devaient se cacher, car si le Roi savait se montrer généreux et bienveillant, il n'en était rien des habitants du Royaume, qui gardaient une mauvaise image des tribus, qui au début, volaient le Royaume pour survivre en bandes organisées.
Ce temps était révolu.
Un homme était en marche pour les tribus du sud. Le messager du roi.
Dayanaid craignait une querelle ente ses deux frères. C'était la dernière chose dont le Royaume avait besoin. Elle avait remarqué que Alphaid était préoccupé par cela. Mais il était aussi perturbé par quelque chose de plus, la détérioration des terres, et de la santé des enfants et des bêtes n'était pas naturelle. Il y avait autre chose et Dayanaid savait qu'Alphaid en connaissait la cause. Malgré tout, elle avait confiance en lui. Lorsqu'ils ont renversé le Tyran, Alphaid était le seul a avoir versé des larmes pour son père.
-"Pourquoi pleures tu, mon frère?" s'était enquis Baraid.
-"Un jour, mon frère, je payerais le prix de mes actes...Cet homme était notre père, que nous le voullions ou non..."
Dayanaid ne comprenait pas cette phrase. Peut être un jour en sera-t-elle capable?
En attendant elle faisait de son mieux pour aider son frère, le supporter.
Baraid... Elle le surveillait, elle voulait lui parler.
Le lendemain...
Le lendemain...
Un soleil verdâtre se levait. Une lumière malsaine.
Dayanaid avait fait de son mieux.
Mais Baraid n'en entendit rien.
Il pressait le pas vers la salle du trône, sa soeur sur les talons.
Il ouvrit la porte d'un geste triomphal.
-"J'ai eu l'approbation des Cendrés, je vais devenir Roi."
Alphaid ne parut même pas choqué de cette nouvelle.
Il avait le regard las.
Dayanaid dépassa son frère
-"Qu'y a-t-il, Alphaid?!"
C'était la première fois qu'elle le voyait dans cet état.
-"C'est l'heure." proclama-t-il, étonnant sa fratrie.
Le messager surgit de derrière Baraid et Dayanaid, qui s'écartèrent pour le laisser parler au roi. Il s'agenouilla, essoufflé.
-"L...La remontée!"
-"As tu prévenu les tribus?"
-"Oui... Je les précède..."
Il reprenait son souffle.
Baraid et Dayanaid étaient perdus. La remontée? C'est donc cela qui tracassait Alphaid! Les Tribus? Que viennent faire ces chiens au Royaume?! La guerre?
La Guerre?
Alphaid se leva.
Sous sa toge, il était en armure, l'armure dorée d'Alphaid.
-"Équipe toi, mon frère, nous partons en guerre."
Baraid n'en revenait pas. Au moment où il aurait dû triompher, prendre les reines du Royaume, il compris partiellement les décisions de son frère, et complètement le fardeau qu'il portait sur son dos. L'héritage du Tyran.
Sur les plaines menant au Kralis, au nord du royaume, il avançait à la tête de l'armée, son Roi à sa gauche. Les guerriers des tribus parmis les soldats.
Des flots noirs étaient vomits par le sommet du volcan, sa couronne de feu projetant des ombres lugubres devant eux.
C'était donc ça, une remontée? Impressionnant. Effrayant.
Désespérant.
Tous les hommes qui pensaient à voix haute s'étaient tus, dans un silence respectueux lugubre, comme si la remontée représentait un phénomène sacré millénaire.
Comme si chacun faisait le deuil de chacun.
Alphaid se retourna et dégaina son épée, tant pour s'assurer que ses soldats sont encore en vie que pour rompre le silence.
Après avoir levé son épée, il tonna:
-"Moi, Alphaid, Roi Altruiste, Guide du Royaume de Feu, Héritier du sang des Anges, je proclame la guerre pour la survie de l'humanité entière ouverte!!"
Anna voyait son mari partir, suite au départ du messager du Royaume. Voilà ce qu'il fut dit: "Demain, une remontée aura lieu. Vous savez tous ce que cela signifie. C'est pourquoi, je vous l'implore: joignez vous aux forces armées du Royaume pour repousser cet ennemi commun."
Les tribus ont accepté et ont envoyé directement leurs guerriers. Anna était triste. Elle était partie d'un rire nerveux "Ce Roi... Il avait tout prévu... Tout...
Même les morts. "
"Un jour, mon frère, je payerais le prix de mes actes... "
Baraid fauchait les monstruosités du Kralis à grands coups d'épée, guidant l'armée par ses directives dans le même temps.
Son frère faisait de même, plongeant dans cette mer de bouches béantes aux dents désordonnées suivies par des corps parodiant celui des humains, grotesques.
La colère faisait carburer le chef de guerre à plein régime.
Alphaid, lui, était calme, contrastant avec tout le reste.
Il s'était préparé. Il savait ce qui l'attendait.
Kralis cracha de plus belle des flots noirs, dans un rugissement effrayant.
L'armée faiblissait, malgré le soutien des tribus. Pour chaque monstre tué, dix prenaient sa place.
C'est alors qu'Alphaid brandit son précieux pendentif.
Il s'était préparé. Il savait ce qui l'attendait.
Dans un feu nourri, il s'écroula au milieu des monstres.
-"NOOOON!"
Baraid n'en revenait pas, son frère venait de brûler devant lui. Le Roi du Royaume de feu mourrait brûlé devant son frère et son armée? À quoi avaient servi ses décisions?? Ses efforts??
Quelle sorte de blague le monde lui offrait encore??
Pour la première fois de sa vie, Baraid pleurait. Son visage couvert d'une éternelle mine dure venait de s'attendrir pour verser des larmes à la mort de son frère.
Il punit cette faiblesse en criant et en déversant sa haine sur les créatures
Il s'était préparé. Il savait ce qui l'attendait.
Un monstre se releva parmi les créatures noires, il n'avait pas de visage, seulement deux grands ovales en guise d'yeux. Deux ovales jaunes. Il était penché en avant.
De la brume sortit de son dos, de la brume sombre, qui, grandissant, rappelait plus deux ailes formées d'orages.
Baraid se demandait encore quelle sorte de monstruosité Kralis avait engendré.
Le monstre tourna la tête vers le Royaume.
Dayanaid regardais par la fenêtre du palais. Elle le vit. Le monstre.
Elle le vit, celui qui avait prononcé cette phrase longtemps auparavant.
"Un jour, mon frère, je payerais le prix de mes actes... "
Elle comprenait cette phrase à présent.
Du magma coula sur les joues du monstre.
Il pleurait.
Alphaid pleurait à nouveau.
Baraid pleurait.
Dayanaid pleurait.
Et il sema la fin
Baraid devint Roi, comme il le voulait. Il poursuivit l'oeuvre de son frère. Dayanaid devint l'émissaire de la paix auprès des tribus.
Paix qui dura éternellement.
Descendant des anciens rois, le sang des anges, race éteinte, coulant dans ses veines. Il devint roi à ses 25 ans. Soucieux de l'avenir de son peuple, Il se concentra sur sa plus grande peur: Kralis, le trou des profondeurs, le volcan couronné de flammes éternelles. Sans dieu, le monde était en proie aux pires créatures de l'existence...
Alphaid se sacrifia dans la dernière bataille qu'il mena contre les forces du mal, se transformant.
L'homme marcha sur les flammes, la lave coulant sur ses joues. Des ailes d'orage dans son dos, il sema la fin dans les hordes de créatures impies comme dans les récit contant les temps immémoriaux, où les Titans arpentaient la Terre, alors Terre de légende, et où les Colosses sortaient des entrailles de la terre pour défier les dieux. Puis, Alphaid se jeta dans le Kralis. Retenant ainsi le mal au sein des enfers. L'histoire le retint comme Alphaid le sacrifié, sauveur du Royaume de Feu.
LE FIL ROUGE
"Le fil rouge" est quelque chose que chacun a en soi. Certains choisissent de le suivre, d'autres non. Le suivre implique un destin certain. Ceux qui choisissent de le suivre sont appellés Les fils et filles rouges.
Jean sortait de ce bâtiment en béton sale semblable à tous les autres dans cette ville, qui faisait office de poste de police. Il soufflait longuement, ce qui fit un petit nuage de buée dû au froid. Il alluma sa cigarette et inspira.
Encore une sale affaire.
Déprimant.
Un fils rouge mort, pour avoir trop utilisé son fil. Ces affaires sont toujours un calvaire. Chaque mort impliquant un fil rouge était un mystère, un accident terrible.
Jean s'était mis à marcher le long de la rue.
On avait retrouvé des membres humains congelés. Séparés. Et congelés était un faible mot. On les avait retrouvés dans des cristaux de glace aiguisés. Un agent s'était blessé en en transportant un. La glace persistait alors on a dû la percer à l'air comprimé, afin de préserver les membres et identifier le cadavre. Simon Labert, 22 ans, au chômage, fils rouge. Il avait suivi le fil rouge pour une quelconque raison.
Le phénomène surnaturel du fil rouge avait débuté dans cette ville. Les habitants s'étaient mis à le voir. Omniprésent. Pesant. Inconnu. Certains se sont mis à développer des capacités brisant les lois de la physique. Ces "mutants" ont très vite effrayé toute la planète. Assez pour que l'ONU construise un immense dôme autour de la ville dont les entrées et les sorties sont scrupuleusement contrôlées.
Un ciel était peint dessus, ce qui empêchait de devenir fou, malgré la couche de crasse dûe à la pollution qui le recouvrait.
Tout en finissant sa cigarette, Jean tournait de rue en rue jusqu'à un appartement miteux qu'il appellait "chez lui".
Il jeta sa cigarette, l'écrasa et entra.
Sa fille attendait allongée sur le canapé.
-"Salut p'pa."
-"Bonjour Milena."
-"T'as l'air crevé. Beaucoup de boulot?"
Elle partit d'une quinte de toux avant de prendre un mouchoir et de cracher.
-"Oui, Milena, beaucoup de boulot..." dit il en regardant le sang sur le mouchoir.
Il s'assit sur le canapé à côté de sa fille et posa sa main sur son front.
-"Ta fièvre a augmenté."
-"Oui, mais ça va aller, le docteur a dit que je m'en sortirai!"
Jean la regarda droit dans les yeux. Elle paraissait sincère.
Et dire que c'était la meilleure nouvelle de sa journée...
Course effrénée. Sueur. Peur.
Lames au clair, bruits de pas nombreux, rires moqueurs.
Un homme est mort, ce soir là.
Jean reçut un appel, il était demandé au poste. Il se leva doucement du canapé sur lequel il s'était endormi, assis, la tête en arrière. Il ne voulais pas réveiller sa fille.
La ville était toujours aussi grise. Les gens toujours aussi fermés.
Un mort à nouveau.
Sur la scène, il y avait un corps.
Dans une petite ruelle.
Un corps étalé de son long sur le mur de droite, le sol et le mur de gauche. À droite une tête, qui suivait par un cou et des épaules, au sol les bras et le buste poursuivaient la forme malsaine jusqu'aux jambes sur le mur de gauche.
Le corps n'était pas explosé.
Il était étalé.
Littéralement, comme si on l'avait écrasé avec un rouleau à pâtisserie. Aucune blessure, pas de sang.
Il était mort.
À ce stade là, il y avait plusieurs possibilités, soit c'est un fils rouge mort pour avoir suivi le fil trop longtemps, soit c'est un fils rouge qui l'a tué, soit autre chose de moins probable.
Jean avait l'esprit embrumé. Il enleva la cigarette de sa bouche et souffla.
-"À quelle heure a-t-il été retrouvé?
-Il y a trente minutes, monsieur." répondit un agent.
Jean passa sous les barrières délimitant la zone de meurtre et s'accroupit près du "corps".
-"A-t-on retouvé d'autres corps, ce soir?
-Pardon?"
L'agent semblait confus.
-"Laissez, on verra plus tard."
Il se releva et observa la ruelle. Le genre d'endroit où on se fait agresser, dans les films.
Bien que toute la ville y ressemblait.
Jean enjemba le corps et repassa sous la barrière, de l'autre côté. La ruelle semblait donner sur un dédale d'autres ruelles, entre les habitations. De l'autre côté de ce pâté de maisons se trouvait la zone industrielle, lieu où beaucoup de fils rouges se réfugiaient.
Il remarqua deux ou trois poubelles renversées et des traces d'accroche sur les murs.
Il retourna voir la zone de meurtre.
-"Ce mec avait peur de quelque chose. Et il avait raison, apparemment. Il fuyait quelque chose.
-Des agresseurs?
-Ça, je n'en sais rien. À vue de nez il venait de la zone industrielle, par là."
Il tendit vaguement son bras en direction du dédale de ruelles.
-"Toujours ces cinglés..."
La nuit était bien lugubre sur la ville.
Il s'appelait Sébastien. Célibataire et sans abri depuis qu'il avait fui sa maison. Il avait fui sa maison car il était poursuivi. Pendant trois ans, il avait réussi à échapper à ces connards de "fils sombres", des chasseurs de fils rouges. Ils avaient commencé leur chasse à la sorcière presque en même temps que la construction du dôme.
Les fils rouges avaient élu domicile dans les bâtiments désaffectés de l'ancienne zone industrielle.
C'est là que les fils sombres les délogeait.
Pendant trois ans, il avait tenu tête aux chasseurs qui le poursuivaient. Pendant trois ans, il avait dû tuer. Tuer avec cette merveilleuse capacité que lui procurait le fil rouge. Il pouvait faire léviter les objets plus ou moins lourds. Il tendait des pièges, des embuscades, il organisait des fuites. Il survivait en volant.
C'est alors qu'il courait qu'il s'était rendu compte que les fils sombres l'avaient poussé hors de la zone industrielle. Il les entendait, rire et prendre leur temps.
Il avait fermé les yeux, et une dernière fois, il avait tué. Il pensa à sa famille, sourit, la sachant en vie. Il vit le bout du fil. Son sourire s'effaça. Plus rien de tout ceci n'avait d'importance, désormais.
Un homme est mort, ce soir là.
-"On a les analyses, monsieur."
Jean jeta un coup d'œil aux documents que lui tendait l'agent.
-"Sébastien, marié, une fille de 16 ans..."
-"Ça ressemble assez à un cas de fils rouge pour qu'on le confirme."
Jean resta silencieux.
-"Ah, j'oubliais: on a effectivement retrouvé d'autres corps, comme s'ils avaient chuté depuis le ciel, à divers endroits dans la ville."
Ça ressemblait à un cas d'abus de pouvoir lié au fil rouge. Un homme qui fuyait des agresseurs, il est mort par utilisation du fil rouge. D'autres corps morts de manière étrange: L'homme poursuivi a prit peur et a attaqué ses agresseurs, on les retrouve morts, il ne reste plus qu'à les identifier, fin de l'histoire.
-"On les a identifié: il semblerait que ce soit ces chasseurs de fils rouges, qui pullulent depuis la construction du dôme."
Il semblerait que l'histoire ne se finisse pas ici.
Milena avait arrêté de compter le nombre de mouchoirs qu'elle avait ensanglanté, puis jeté dans la cheminée pour ne pas inquiéter son père.
Évidemment, le médecin n'avait jamais dit qu'elle s'en sortirait: elle était condamnée.
Et sa mort allait détruire son père.
Elle voulait tout, sauf que cela lui arrive.
Alors elle prit une décision.
Elle tourna la tête, pour regarder cette couleur criarde qui apparaissait à la limite de son champ de vision depuis longtemps, et qu'elle a évité du mieux qu'elle pût. Elle tourna la tête pour regarder cette forme ondulante qui mène droit vers une direction inconnue.
Un fil rouge.
-"Jean!"
C'était un homme moustachu, enveloppé et de petite taille qui l'appelait.
Un vieil ami.
-"Salut Georges.
-Je n'y ai pas cru quand on m'a dit que tu venais sur cette enquête!
-Les gens changent"
Le visage de Georges s'assombrit.
-"Comment se porte Milena?
-Mal.
-Oh..."
Un silence pesant s'abattit sur le lieu où se trouvait le corps d'un fils rouge assassiné.
Georges se frotta la moustache, mouvement qu'il répétait souvent quand il était mal à l'aise.
Dans cette affaire sur les fils sombres, qui était sensée être close, mais qui a été rouverte récemment, Jean avait perdu sa femme, Martha.
Il avait mis toute sa colère dans la résolution de cette enquête. Ils avaient arrêté le cerveau de la bande.
Et voilà que l'affaire revenait sur le tapis.
Oh...sa Martha lui manquait tellement...
À sa fille comme à lui.
Georges vérifiait quelques détails sur le lieu du crime.
Jean porta sa cigarette à sa bouche, puis arrêta son mouvement. Il la jeta après l'avoir éteinte.
Il n'avait pas de temps à perdre avec ça.
Il allait résoudre cette affaire une bonne fois pour toute.
-"Tu vois, papa? Je t'avais dis que j'irais mieux."
Effectivement, sa fille se portait à merveille. Elle était retournée à l'école depuis peu.
Jean se sentait soulagé. De même, l'enquête sur les "fils sombres" avançait bien.
La première affaire, un homme mort après avoir tué quatre membres du groupe de criminels, non loin de la zone industrielle.
La deuxième affaire, un faux message sur intranet visant les jeunes, "La couleur rouge vous vas mieux!", un malade incitait les jeunes à suivre le fil rouge... Ces jeunes attaquaient alors des civils sans raison apparente. L'homme a été appréhendé.
La troisième affaire, des fils sombres tuent à tour de bras les jeunes ayant suivi le fil rouge et attaqué des civils, ceux ci les voient comme les messies venant les délivrer du mal. Ces fils sombres, après, clament haut et fort que les fils rouges sont des démons en pointant du doigt les actes des jeunes.
L'existence d'une secte autour des idéaux des fils sombres et à la tête de ce groupe a été confirmée par quelques recherches.
Elle prend racine dans un bâtiment désaffecté situé plus au sud de la zone industrielle, où de nombreux fils rouges sans abris se cachent.
Aujourd'hui, ils vont intervenir sur place.
Aujourd'hui, cette sombre période de sa vie prendra fin.
Ils avaient débarqués et appréhendés déjà cinq personnes avant qu'elles aient eu le temps de réagir.
C'était un grand bâtiment. Aucune vie à moins d'un kilomètre carré. Proche de la zone industrielle, leur "terrain de chasse".
Oui, c'était un bon endroit pour une fusillade.
Un corps. Deux corps. L'avance implacable des Forces de l'Ordre et de la Sécurité ne laissait pas place au pardon.
Pour la plupart entre la vingtaine et la quarantaine, les fils sombres découverts étaient aussi surpris qu’apeurés.
De longs couloirs parcourus de portes menant à des bureaux aménagés en loges.
Le bâtiment était construit à chaque étage avec un couloir carré avec deux escaliers dans les angles opposés.
Les derniers étages étaient délabrés, et le toit de l'immeuble, inexistant.
Le dernier étage viable avait vu ses murs cassés. Tout l'étage était un lieu de foi où se terraient des salauds de la secte.
Des photos de personnes étaient affichées partout. Des fils rouges. Des marques noires et rouges parcouraient la pièce.
Les agents avaient les nouveaux prisonniers en joue.
-"Vous ne nous stopperez jamais! Le maître est déjà en train d'exécuter son plan! VOUS AVEZ ÉCHOUÉ!"
Il se tut à jamais par une balle dans la tête, malgré le début d'ordre de Jean.
Il se rappela alors la construction de l'immeuble. Ils avaient ratissé les escaliers, les étages, sans laisser d'échappatoire.
Mais au centre de l'immeuble, il n'y avait rien. Rien à part un trou menant au rez de chaussée par l'extérieur. Avec l'équipement adéquat, facile de s'échapper.
Il courut aussitôt jusqu'en bas, sans souffler.
Il poursuivit un homme, une ombre à chaque coin de rue.
Il finit sa course dans un autre bâtiment désaffecté. Des jeunes morts. Les jeunes disparus. Certains disséqués. D'autres indescriptibles.
L'homme poursuivi activa une machine qui lança un projectile dans l'air.
Jean le pointa instinctivement de son arme.
-"Que venez vous de faire!?"
L'homme, d'un calme assuré, comme s'il avait accompli sa vie et qu'il était prêt à mourir, se retourna.
-"Je viens de libérer l'humanité.
-Espèce de malade!!
-Croyez vous que l'on puisse laisser ainsi une telle force incontrôlée? Avez vous sauvé ces gens victimes d'une mort atroce liée au fil rouge? Il fallait le contrôler.
-Et vous comptez sauver l'humanité en tuant tous les fils rouges?!...Vous avez tué ma femme!
-...
-Martha était devenue fille rouge pour sauver notre fille. Elle en fût incapable, et vous l'avez tuée!"
L'homme passa un regard triste sur les corps des jeunes.
-"«On ne peut rien faire contre le destin», n'est ce pas..."
Jean tremblait, sur le point d'appuyer sur la gâchette.
-"Les fils rouges possèdent une glande dans le cerveau qui secrète un liquide inconnu. Mais en l'étudiant, on se rends compte qu'exposé à un certain mélange chimique, la glande s'atrophie et le sujet meurt. Mais surtout, il est libéré du fil rouge."
Le projectile explosa en une fumée verdâtre se répandant vite.
-"Espèce d'enfoiré.
-Le destin vous rattrapera."
Jean l'abattit d'un tir. Il ramassa les documents de l'étude du malade mental et rentra en urgence, expliquant tout au bureau des armes chimiques.
Le soir, Jean rentra chez lui.
Raconta sa journée à sa fille.
Une larme coula sur sa joue.
Il vit une forme effilée du coin de l'œil.
Un fil rouge.
La liste des morts de cette affaire sont tombés. Tous des fils rouges, morts sur le coup. La liste est longue.
Un nom, parmi ceux-ci: Milena Faure.
Un homme est mort ce soir là.